L’espace : une infinité de scènes

L'espace un infinité de scènes Conceptuose studio de scénarisation

Le 14 avril dernier, j’ai eu l’immense bonheur d’animer un atelier pratique sur la scénarisation des idées appliquée à la conception pédagogique au Réseau des professionnels de la formation du Québec (RPFQ). La scénarisation des idées, c’est l’art (oui, l’art) d’accompagner la réflexion d’un autre d’une scène à l’autre, de mettre en scène nos idées. Dans cet article, j’approfondirai le concept de scènes, premier des trois éléments qui la composent : des scènes, des idées et du fil (pour ficeler l’ensemble et créer de la cohérence). Si vous étiez là, le 14 avril dernier, j’espère que vous vous en souvenez…

Et simple aparté
Lorsque j’écris, je m’abandonne allègrement au plaisir des mots et mon imagination m’y entraîne souvent à mon insu… ah, mon insu, il est justement à louer ces temps-ci! Ceci est une blague évidemment faite à mon insu. (LOL!) Il se peut, cela n’est pas une fatalité, mais une permission que je m’autorise, que ma pensée emprunte quelques détours…

DÉFINITION
Comme je le racontais, le 14 avril dernier, je suis allée visiter l’exposition d’Agatha Christie présentée par le musée Pointe-à-Callière à Montréal. Et j’ai partagé avec vous comment la vie d’Agatha Christie, ce qu’elle aimait, ce qu’elle a fait, ses passions et ainsi de suite, ont été mis en scène dans cette exposition. L’on pense souvent, et à tort, qu’il n’y a que dans ces lieux consacrés où l’on peut se permettre de mettre en scène des idées, nos idées.

Une scène, dans sa conception plus classique, correspond à la partie du théâtre où les acteurs jouent*. Dans le monde des idées, elle devient un espace où se pose le regard et où il est dirigé. D’un mur, en passant par un chevalet, une couverture de livre, la réflexion d’un miroir, le dossier d’une chaise, un rayon d’une bibliothèque…

Du micro au macro.

Dans l’ordre et le désordre.

Pas ou peu d’importance.

Notre regard trace les limites de ce qu’il voit. Et c’est en déposant notre attention autour de nous que se révèle l’infinité des scènes qui composent l’espace.

L’espace est une infinité de scènes.

Le concept de scène défini ainsi s’applique à une variété de contextes comme l’architecture, le design de mode, l’urbanisme, la confection de dentelles, la publicité et, pourquoi pas, l’aménagement paysager, la formation, etc.

Il ne faut toutefois pas croire que la scène ne constitue qu’un support à la communication des idées comme un contenant. C’est un lieu où habitent des idées et en même temps un acteur à part entière de leurs expressions. Une scène n’est jamais vide, elle exprime toujours quelque chose… l’idée de vide se remplissant elle-même. Êtes-vous déjà entré dans un restaurant vide? Remarquez l’impression que vous avez d’entendre les clients jaser… J’appelle ça « l’esprit du lieu ».

Si un jour vous avez l’impression qu’un espace dans lequel vous vous trouvez est muet, dites-vous qu’il n’en est rien. Simplement, qu’il se tait… ou que vous n’y êtes pas à l’écoute.

Une scène parle. Toujours.

EXEMPLE
À partir de maintenant, il n’y a plus de raison valable pour ne pas aménager vos idées. Regardez votre environnement. Observez. Il n’y a rien qui vous inspire ? Créez un lieu. Dans les diapos que j’ai présentées le 14 avril dernier, j’ai exploré la scénarisation des idées à travers justement une multitude d’espaces dont l’habitude est généralement acquise de concevoir la scénarisation des idées : le livre, la feuille de papier, le post-it, le carnet de notes, l’écran de caméra, le tableau noir, sans oublier le panneau publicitaire urbain. Ces choix sont évidemment tout sauf anodins…

On peut aussi, en formation, mettre en scène physiquement les idées. À titre d’exemple, j’imagine bien un cours sur le leadership débutant autour d’un classeur. Un vrai classeur. Gris. Métallique. Avec trois ou quatre tiroirs. Le genre de classeur qui pèse une tonne et dans lequel se retrouvent moult chemises vertes ou brunes. Le formateur invite chaque participant à l’ouvrir et à choisir un dossier dans laquelle se trouve le portrait d’un leader reconnu et un résumé de son parcours.

Un classeur? Pourquoi pas! Le classeur crée un contraste intéressant entre la dimension humaine du leadership et la réalité administrative des entreprises. L’opposition possède en effet la qualité de faire ressortir un élément donné par effet de contraste. Et là, vous vous demandez peut-être : mais qu’est-ce qui se passe ensuite? À vous de le raconter. Pour ma part, j’ai imaginé un scénario que je vous partagerai dans un prochain article.

ET PUIS QUOI ENCORE?
S’il y a une chose qui me fascine à propos des scènes, c’est bien le fait que l’on ne peut s’y soustraire. Nous sommes en effet toujours dans un lieu, à un moment donné où il est en train de se passer quelque chose d’important. Où êtes-vous en ce moment? Êtes-vous vraiment en train de me lire? Si oui, nous sommes en train de réfléchir ensemble sur la scénarisation des idées, ou du moins un de ses aspects. Je suis là par procuration, par le biais de cet article et je suis en même temps ailleurs, en train de faire autre chose, dans un autre lieu, à un autre moment où il est aussi en train de se passer quelque chose d’important …

À bientôt!


Depuis le 14 avril, je vis un véritable rêve… soit celui d’enseigner la scénarisation…  et je souhaite le faire activement jusqu’à au moins 100 ans!

Si vous avez aimé cet article, merci à l’avance de partager. S’il y a des sujets qui vous intéressent plus particulièrement concernant la scénarisation, n’hésitez-pas à me les partager… il me fera plaisir de les aborder par le biais d’un article.

En terminant, j’aimerais remercier Vivianne Roy pour sa collaboration à la conception de l’illustration de cet article.

* Source : Définition tirée du dictionnaire Larousse

  1. Françoise Beaudet

    Merci Marie de nous avoir partagé ta vision de la scène.

    Depuis ce fameux 14 avril, quand j’arrive dans une salle pour donner une formation, je vois vraiment le lieu comme une scène avec 3 acteurs principaux:
    – le contenu du cours (les idées)
    – les participants
    – et moi, l’enseignante.

    Le reste devient un décor pour mieux jouer la scène et s’approprier le texte par coeur …

    Ma prochaine étape sera de revisiter le manuel du participant comme une autre scène et pourquoi pas, pour surprendre les participants, faire un coup de théâtre avec ce manuel ?
    Napperon pédagogique comme tu nous le mentionnais une fois dans notre Guide des formateurs ou pour continuer sur ton exemple, exploiter l’idée du classeur….À moi d’être créative et cohérente entre le contenant et le contenu.

    L’essentiel étant toujours que l’apprenant apprenne les idées clés et aie envie de mettre en pratique.

    Merci Marie de nous ouvrir les yeux pour mettre en scène nos idées avec plus de panache !

    1. Marie Chassé

      Merci beaucoup Françoise. Effectivement, quand on regarde le monde sous cette perspective, on se rend bien compte que tout est langage et quoi qu’on fasse… nous sommes toujours dans un lieu, à un moment donné où il est en train de se passer quelque chose d’important. Mais tu sais, la scène, c’est aussi un personnage important du message. C’est un acteur à part entière. À titre d’exemple, un atelier sur le travail d’équipe se déroulant dans un garage où l’on répare des voitures, et un autre portant sur le même thème mais se déroulant plutôt dans une salle de classe seraient complètement différents l’un de l’autre.

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