Le grimoire blanc

 

Vous est-il déjà arrivé de vous installer pour écrire ou pour tout simplement créer quelque chose et constater que les idées ne viennent pas? Sans explorer le sujet dans ses moindres détails, disons simplement que ce phénomène est naturel et constitue un message : soit celui que les conditions ne sont pas toutes réunies pour que cela soit possible.  Voici donc en cette veille d’avril, un conte qui illustre ces curieux passages où le moment n’est tout simplement pas venu.

Le grimoire blanc

Certains objets traversent le temps pour se rendre jusqu’à nous comme une bouteille jetée à la mer et récupérée des centaines d’années plus tard. C’est ce qui m’est arrivé… Mon grand-père m’a remis, alors que j’étais très jeune, un vieux livre dont les pages étaient soigneusement reliées par une peau de cuir dont les extrémités se rejoignaient par un beau ruban blanc de velours. Il l’appelait affectueusement son grimoire blanc. C’était, disait-il, un vieux bouquin dont les mots s’adaptaient à celui qui les lisait pour lui apprendre quelque chose d’important. Je ne l’ai jamais cru et en même temps, j’en ai toujours eu secrètement très peur. Le livre a été caché sous l’escalier dans une boîte, elle-même « rangée » sous une pile de boîtes, pendant des années, jusqu’au jour où, précipité par un camion de déménagement qui m’attendait, je dus me résoudre à le sortir de sa cachette. Il n’avait pas bougé, ni même changé… à l’exception des pages qui maintenant étaient bizarrement inhabitées, sans mots ni dessins (juste à en parler, les frissons chatouillent les poils de mes bras). Dans mon souvenir, ce livre était la sentinelle d’un monde animé… de nombreuses histoires, recettes et, bien entendu, de formules magiques. En tout cas, il me semble…

Les pages vierges de ce vieux livre attirèrent l’attention de ma copine qui décida de l’utiliser comme journal intime. Je voulus l’en empêcher, mais quand je m’y décidai, il était déjà trop tard… l’encre bleue courait déjà dans les sillons du papier. Un jour, Isabelle laissa traîner le vieux grimoire sur notre table de chevet. La tentation était trop forte : je l’ouvris. Je n’y découvris malheureusement que des pages désertes, pas même une empreinte qu’aurait laissée un doigt graisseux.

Rien.

Étrangement, cela me fit de la peine.

Je demandai donc à Isabelle ce qu’elle y écrivait. Elle me répondit que c’était un secret.  Je lui confirmai que ce dernier était très bien gardé.

(soupir)

Les années passèrent et je respectai d’être tenu ainsi à l’écart du grimoire blanc jusqu’au jour où, âgé de quatre-vingts ans, je décidai de l’offrir à ma petite-fille Sandrine qui, excitée à l’idée d’y découvrir une multitude de contes, l’ouvrit et me demanda de lui en lire des passages. Et c’est ce que je fis…

Fin.

 

 

 

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