La démarche créative

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La démarche créative

Un tableau. Une recette. Un manuel de formation. Un plan d’affaires. Un roman. Une lettre d’amour. Lorsque chacun de nous crée, la démarche créative se met en mouvement. Notre inspiration est au rendez-vous et nous nous sentons portés par un élan. Puis, s’ensuivent plusieurs tours de roue où se mélangent travail, passion, rigueur, légèreté, parfois des doutes, de la fatigue aussi et certainement beaucoup de fébrilité. La démarche créative, c’est tout ça et plus encore. Dans cet article, je décris ses principales caractéristiques, que j’ai tirées bien humblement, et tout de même très rigoureusement, de mon expérience personnelle et professionnelle. Bonne lecture!

CARACTÉRISTIQUE 1
Un moteur à double pistons : émotions et langage 

Les émotions constituent le média le plus puissant en communication. Ce sont elles qui nous font frissonner, rire, pleurer, aimer, détester… Lorsque l’on ressent des émotions, lorsque l’on se connecte à elles, des idées émergent. Toutes sortes d’idées. On peut décider de se laisser transporter par elles, par exemple, en laissant notre imagination s’évader, mais… si l’on désire créer quelque chose de concret, il faut les saisir, attraper cette matière première encore à l’état très brut et abstrait afin de pouvoir la travailler. Pour cela, nous avons besoin de formuler nos idées à l’aide du langage. Nommer. Écrire. Illustrer. Dessiner. Verbaliser. Ce sont des gestes très importants en création. Ils permettent à nos pensées de se matérialiser et, encore plus, de s’affiner, de se clarifier, de se développer. Écrivez-vous souvent? Qu’est-ce qui vous inspire et fait battre votre cœur?

CARACTÉRISTIQUE 2
Un mouvement continu par tour de roue 

Le schéma présenté plus haut suggère une forme de roue et cela n’est pas un hasard. Avez-vous déjà observé le mouvement de votre pensée? La question peut sembler très étrange mais l’exercice, lui, est très concret. Prenez une feuille de papier et tentez de décrire un objet quelconque à l’aide d’un crayon à l’encre. Vous remarquerez certainement des ratures. D’une rature à l’autre, observez comment votre pensée se précise. Vos idées deviennent plus claires. Ce mouvement peut s’illustrer à l’aide de boucles successives où la première moitié correspond au moment où vous exprimez une idée et l’autre où vous la retravaillez. Dans chacun de ces tours de roue, l’inspiration est continuellement rationalisée à l’aide du langage. Ainsi, notre pensée est itérative et cela explique pourquoi il est si difficile, pour ne pas dire impossible, d’élaborer un texte abouti d’un seul trait. Écrire devient réécrire. Créer devient recréer.

CARACTÉRISTIQUE 3
Des phases et non des étapes 

La démarche créative est souvent représentée à l’aide d’étapes. C’est oublier la nature vagabonde de nos idées qui peuvent s’autoriser des allers-retours impromptus et venir de partout et de nulle part à la fois. Dans le schéma présenté plus haut, des traits discontinus rendent compte de cette réalité. Je dis souvent qu’à chaque phase de la démarche créative, nous sommes en fait 80 % du temps (environ) en train d’exécuter ladite phase et le 20 % du temps restant à réaliser les autres. À titre d’exemple, lors de l’analyse du besoin, je suis principalement en train d’analyser le besoin et 20 % du temps restant, des idées surgissent et voilà que je suis en train de trouver des idées dans la phase d’idéation! Voici un autre exemple : alors que j’élabore des maquettes d’un projet, des questionnements peuvent m’amener à peaufiner l’analyse du besoin. Bien entendu, la proportion 80/20 est approximative. Elle fait ressortir l’importance d’intégrer de la souplesse dans la rigueur.

CARACTÉRISTIQUE 4
Une œuvre en devenir qui se dévoile au fur et à mesure que progresse sa création

La nature itérative de la pensée fait en sorte que l’ouvrage en création se dévoile au fur et à mesure que progresse sa création. Nous créons et recréons jusqu’à ce que ce soit ÇA. Nous peaufinons un texte et le retravaillons (comme ce fut le cas pour cet article), jusqu’à ce que l’ensemble soit clair, ciblé et cohérent. Cela ne veut toutefois pas dire que la démarche se déroule à tâtons (parfois peut-être), mais qu’une idée de départ évolue et que c’est là le destin qui attend tout ce que nous entreprenons. Ainsi, créer nécessite de la confiance, de l’engagement et de l’impatience. Une confiance en nous, cela va de soi, mais aussi en l’ouvrage qui se développe d’un tour de roue à l’autre. Un engagement envers ce que l’on crée à le faire jusqu’au bout. Et enfin une impatience… une saine impatience, une hâte à découvrir le résultat final.

CARACTÉRISTIQUE 5
Un apprentissage où c’est l’œuvre en devenir qui, en fin de compte, donne la leçon

Cela peut sembler mystérieux et un tantinet métaphysique, mais cela s’explique aisément. Lorsque l’on crée quelque chose, il arrive un moment où ce que nous sommes en train de créer passe du « je ne sais pas trop ce que ça va être » au stade « ce n’est pas encore tout à fait ÇA, mais je sais que ce sera ÇA ». C’est qu’à partir du moment où les prémisses logiques sur lesquelles repose un ouvrage (dans sa jeunesse, il va sans dire) sont posées, ce que l’on est en train de créer devient un micro univers régi par des règles qui lui sont propres. Une grande partie de la création à venir consistera donc, entre autres, à clarifier, à exprimer, à décliner davantage ces règles afin de renforcer l’unité de l’ensemble. Je vous donne un exemple. C’est comme si Tolkien avait, aux balbutiements tout de même avancés de son écriture, décidé d’intégrer un élément qui n’avait rien à voir avec l’univers de son récit, qui ne lui appartenait pas. Cela aurait été comme forcer un carré à entrer dans un cercle plus petit. C’est ainsi qu’en cours de création, l’œuvre en devenir oriente (d’une certaine manière) sa propre création et donne la leçon à son auteur.


La démarche créative et la conception pédagogique?
Concevoir une solution d’apprentissage, c’est créer au même titre qu’élaborer, par exemple, un roman ou un tableau. Il est très intéressant, à la lumière de ce qui précède, de souligner qu’au moment où un concepteur élabore une solution d’apprentissage pour aider d’autres personnes à développer des compétences, il réalise lui aussi un apprentissage, celui de se faire confiance, de lâcher prise sur le résultat final et de ressentir son propre mécanisme de création à l’œuvre.

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